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Claus Leggewie, Les tréfonds du combat anti-colonial. Le Manifeste des 121 in:

Susanne Zepp (Ed.)

Le Regard du Siècle, page 243 - 254

Claude Lanzmann zum 90. Geburtstag

1. Edition 2017, ISBN print: 978-3-8288-3714-0, ISBN online: 978-3-8288-6847-2, https://doi.org/10.5771/9783828868472-243

Series: kommunikation & kultur, vol. 10

Tectum, Baden-Baden
Bibliographic information
243 Claus Leggewie Les tréfonds du combat anti-colonial. Le Manifeste des 121 5444 signes : c’est la taille d’un des plus importants documents de la résistance intellectuelle au colonialisme, la Déclaration sur le droit à l’ insoumission dans la guerre d’Algérie. Sa publication était initialement prévue dans le quatrième numéro de la revue Vérité-Liberté (septembre-octobre 1960) ainsi que dans le numéro d’octobre de la même année des Temps modernes. C’était sans compter sur la censure. On accusa la rédaction de Vérité-Liberté d’appeler à refuser de servir sous les drapeaux ; là où aurait dû figurer le texte, le numéro des Temps Modernes présenta une double-page vide mais éloquente. Le Manifeste parut tout d’abord dans des revues étrangères : la Neue Rundschau et Tempo presente, l’équivalent italien de Der Monat en Allemagne. C’est Le Monde qui, le premier, révéla son existence au public français le 6 septembre 1960 avant de publier, le 30 septembre, la liste complète des signataires.1 Ce qu’on appelait désormais le Manifeste des 121 fit scandale. Les dreyfusards semblaient de retour, mais les antidreyfusards ne se firent pas attendre. Les intentions de la Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. Le Manifeste des 121 annonce qu’un « mouvement très important se développe en France »2 et enjoint, non sans un certain pathos, à « voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s’est ouverte il y a six ans. De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s’être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par 1 Voir Catherine Brun, Genèse et postérité du «Manifeste des 121», L’esprit Créateur, vol. 54, n°4, hiver 2014, p. 78-89, et Pierre Vidal-Naquet, Une fidélité têtue. La Résistance française à la guerre d’Algérie, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, N° 10, avril-juin 1986, p. 3-18. 2 Cité d’après Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises: manifestes et pétitions au XXe siècle, Paris 1990, p. 211-213, ici: p. 211. 244 Claus Leggewie ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. »3 Plus que de défendre la désobéissance civile, il s’agit de désigner la prétendue action policière en Algérie pour ce qu’elle est : une guerre impérialiste à caractère raciste. « Faut-il rappeler que, quinze ans après la destruction de l’ordre hitlérien, le militarisme français, par suite des exigences d’une telle guerre, est parvenu à restaurer la torture et à en faire à nouveau comme une institution en Europe ? ».4 Il s’ensuit fort logiquement un appel à refuser de servir sous les armes pour une guerre « criminelle et absurde ». Lorsque l’armée française contrevient aux principes démocratiques de la République, la révolte n’est-elle pas un devoir, et même plus  ?  « Le cas de conscience s’est trouvé posé dès le début de la guerre. Celle-ci se prolongeant, il est normal que ce cas de conscience se soit résolu concrètement par des actes toujours plus nombreux d’insoumission, de désertion, aussi bien que de protection et d’aide aux combattants algériens [...] »5 – ce qui laisse place à une opposition extra-parlementaire : « Mouvements libres qui se sont développés en marge de tous les partis officiels, sans leur aide et, à la fin, malgré leur désaveu. Encore une fois, en dehors des cadres et des mots d’ordre préétablis, une résistance est née, par une prise de conscience spontanée, cherchant et inventant des formes d’action et des moyens de lutte en rapport avec une situation nouvelle dont les groupements politiques et les journaux d’opinion se sont entendus, soit par inertie ou timidité doctrinale, soit par préjugés nationalistes ou moraux, à ne pas reconnaître le sens et les exigences véritables. »6 Les quelques phrases de conclusion résument ainsi les intentions du Manifeste  : « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. »7 Réactions et classification En réponse à ce texte, va paraître dans Le Monde du 7 octobre un véhément « Manifeste des intellectuels français » qui rompent avec les « professeurs de trahison » et les « apologistes de trahison » tandis que Le Figaro publie une autre condamnation signée par 185 personnalités. Les réactions des intellectuels face à la guerre d’Algérie sont aussi diverses que contradictoires et ne constituent plus aujourd’hui un pan oublié de la recherche – ce qui n’enlève rien de son caractère brûlant et toujours actuel au sujet. Des spécialistes de l’histoire contemporaine comme Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli8, ainsi 3 Ibid. 4 Ibid., p. 212. 5 Ibid. 6 Ibid. 7 Ibid., 213. 8 Voir Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (éds.), La Guerre d‘Algérie et les intellectuels français, Paris 1991. 245 Les tréfonds du combat anti-colonial qu’une exposition intitulée « Engagements et déchirements »9, présentée en 2012 par Catherine Brun et Olivier Penot-Lacassagne ont permis d’évaluer et de replacer dans leur contexte historique les différents courants, tendances et conséquences de cette « bataille de l’écrit »10 ou encore de ce que Sirinelli a appelé la « guerre des pétitions »11. Dates Évènements 1945 8 mai Fin de la deuxième Guerre Mondiale Manifestations pour l‘indépendance nationale réprimées dans le sang à Sétif, Guelma et Constantine 1947 Statut : nationalité française pour les Algériens 1954 7 juillet 1er nov. Défaite française à la bataille de Điện Biên Phủ Déclaration du 1er novembre 1954 „par le Front de Libération Nationale“ 1955 État d'urgence déclarée dans les provinces algériennes Manifestations des objecteurs de conscience 1956 17 janvier 12 mars Création du Comité d‘action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord à la salle Wagram Vote de la loi sur les « pouvoirs spéciaux » en Algérie 1957 janvier mars-avril juin Bataille d’Alger Preuves de l‘usage de la torture ; campagne de protestation en France Affaire Audin 1958 Ve République, arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle Gouvernement provisoire en exil à Tunis, mené par Ferbat Abbas Indépendance de la Tunisie et du Maroc 1960 sep.-oct. Manifeste des 121 et autres pétitions Procès du réseau Jeanson 9 Voir le dossier de presse: Catherine Brun et Olivier Penot-Lacassagne (éds.), Engagements et déchirements: Les intellectuels et la guerre d‘Algérie, Paris 2012. 10 Michel Crouzet, La bataille des intellectuels français, La Nef, cahier n° 12-14, octobre 1962-janvier 1963, p. 47-65, ici: p. 51. 11 Voir Jean-François Sirinelli, Guerre d‘Algérie, guerre des pétitions? Quelques jalons, Revue historique, n°565, janvier-mars1988, p. 73-100. 246 Claus Leggewie 1961 18 mars 17 octobre Accords d‘Évian, exode des pieds-noirs Massacre des manifestants algériens à Paris 1962 8 février 3 juillet septembre Affaire du métro Charonne Indépendance de l‘Algérie Ahmed Ben Bella devient Président 1965 juin Putsch d‘Houari Boumédiène contre Ben Bella 1966 Création des Comités Viêtnam de Base 1968 Événements de mai 68 Les partisans et les adversaires de l’Algérie française, dont l’histoire s’achevait au bout de 132 ans avec l’indépendance de la colonie nord-africaine, se livrèrent un combat discursif12 où les camps adverses n’étaient absolument pas homogènes. Raymond Aron par exemple fut sur cette question plus proche des positions de Jean-Paul Sartre, son meilleur ennemi, que de celles de la droite gaullienne ou radicale. Pierre Vidal-Naquet, lui-même signataire du manifeste, éminent spécialiste de l’histoire antique et opposant farouche à la torture, a distingué sommairement trois types idéaux parmi les protagonistes  : les « dreyfusards  » qui voulaient, en substance, sauver l’honneur de la Nation française et qui, comme Jérôme Lindon – directeur des Éditions de Minuit chez lesquelles les dénonciations de la torture et les documents les plus importants sont parues –, disaient : « Ce que j’ai pu faire, je l’ai fait pour la France, non pour l’Algérie. » Les « bolcheviks » en revanche militaient pour l’indépendance du pays en tant qu’État socialiste : parmi eux, les membres et proches du PC, mais plus encore la gauche dissidente et apatride comme les surréalistes, les trotskystes, les anarchistes ou encore un collectif d’avocats, menés par Jacques Vergès, qui espéraient un contrecoup révolutionnaire en France. Enfin, les « tiers-mondistes », que l’on pouvait aussi bien rencontrer dans les milieux de la gauche catholique que dans l’entourage des Temps Modernes, formaient une « alliance de la Mission de France et de Saint-Germain-des-Prés »13 (Gilles Martinet). Ces groupes étaient entourés et soutenus par des maisons d’édition (Minuit, Maspero), des journaux (comme France Observateur, L’Express, Témoignage Chrétien, Le Canard Enchaîné, Réforme ainsi que Le Monde) et de nombreuses revues. L’influence médiatique fut cependant restreinte à l’écrit, dans la mesure où la radio et la télévision étaient encore le domaine réservé de l’État. 12 Ce combat discursif est interprété par Gisèle Sapiro comme un cas français des «  Modèles d’intervention politique des intellectuels », Actes de la recherche en sciences sociales, 2009, 1, n° 176-77, p. 8-31. Voir également Alain Meyer, Le manifeste politique : modèle pur ou pratique impure ?, Littérature, vol. 39, n°3, 1980, p. 29-38. 13 Cité d’après Pierre Vidal-Naquet, Une fidélité têtue. La Résistance française à la guerre d’Algérie, p.3-18, ici p. 12. 247 Les tréfonds du combat anti-colonial Le Manifeste des 121 fut un moment fort de l’opposition de gauche dans toute sa diversité, la liste de ses signataires formant une sorte de gotha de l’intelligentsia de ce bord politique. Il ne se distingua toutefois que rétrospectivement d’autres pétitions analogues et sa date de parution doit être plus largement replacée dans la période entre 1945 et 1968 au cours de laquelle la perception du monde changea radicalement et pas seulement en France : la question allemande s’est prolongée jusqu’en Algérie; au conflit Est-Ouest qui dominait jusque dans les années 1960 – et dans lequel il faut aussi ranger la débâcle d’Indochine – a succédé avec la décolonisation un conflit Nord-Sud. Ce tournant a permis à la Nouvelle Gauche de s’établir mais aussi, par différenciation, à la Nouvelle Droite de se définir. Une génération politisée par la question algérienne remplace l’élite politique de la « République des professeurs », à la quatrième République dans laquelle le Parlement et les notables – en majorité de la SFIO – donnaient le ton succède la cinquième, dominée par la figure charismatique du général de Gaulle tandis que des noms comme ceux de Guy Mollet, François Mitterrand et Pierre Mendès-France sont étroitement liés à la Pacification, c’est-à-dire les actions policières en Algérie. Le Parti communiste se comporte lui aussi de manière particulièrement timorée et vote également les pouvoirs spéciaux. Tout ceci se déroule dans un contexte d’essor socio-économique et démographique qui devient patent dans les années 1960 et qui va éclipser la « France de papa ». L’historien de la culture Julien Hage interprète ainsi ce tournant : « autant que les structures économiques et sociales, la décolonisation a donc participé à saper les structures patriarcales de la société française, par la faillite des autorités traditionnelles et la mise à l’épreuve des organisations syndicales et politiques [annonçant]  à bien des égards le Mai 68 étudiant ».14 Le Manifeste ainsi que d’autres pétitions similaires (il faut ici évoquer le travail du syndicat étudiant UNEF, mais surtout du Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord, fondé en 1955 par, entre autres, Robert Antelme et Edgar Morin) constituent à la fois un des derniers moments forts mais aussi une césure dans l’histoire des intellectuels au sens classique du terme, dont le J’accuse d’Émile Zola est souvent considéré comme l’acte de naissance. Face à l’injustice d’État, partout où les droits des hommes et des citoyens étaient foulés au pied, les intellectuels se sentirent tenus, en tant que membres de la communauté des écrivains, souvent alliés à des journalistes et d’autres artistes, de se faire les avocats d’une morale universelle, de prendre position, de débattre, de signer des pétitions et d’apparaître ainsi comme un quatrième pouvoir en marge des institutions. En ce sens, l’engagement anticolonial ne saurait être surestimé. Son opposition à l’arbitraire et à la violence d’une puissance coloniale complètement déchaînée constitue déjà une victoire en soi – et, partant, les références d’autrefois à la résistance contre Hitler et la collaboration se trouvent justifiées. « On n’enferme pas Voltaire », aurait rétorqué de Gaulle à l’administration policière qui voulait arrêter Sartre. Toutefois, d’autres signataires ont fortement couru le risque d’être incarcérés ou de perdre leur poste. 14 Julien Hage, Voix et échos de l’opposition à la guerre, dans Catherine Brun (éd.), Guerre d‘Algérie. Les mots pour le dire, Paris 2014, p. 53-70, ici: 69-70. 248 Claus Leggewie Consensus et controverses Catherine Brun, qui a retracé la genèse du Manifeste, en a identifié au moins quinze versions préliminaires15. Les initiateurs du texte étaient l’écrivain et communiste hétérodoxe Dionys Mascolo ainsi que Jean Schuster, surréaliste et cofondateur de l’éphémère revue anti-gaulliste 14 Juillet. Les éléments fondateurs du texte ont été fournis par le poète surréaliste Gérard Legrand et par Maurice Blanchot, dont on ne peut négliger l’influence sur les intellectuels français jusqu’à nos jours16. Au cours de la rédaction, on édulcora les passages aux accents trop marxistes ou internationalistes, attribuant au peuple algérien le rôle du nouveau prolétariat ou voulant le dissuader de former un État national. De même, on tempéra les attaques contre les partis de gauche et l’on évita de s’en prendre verbalement à l’armée dans son ensemble. Du point de vue de la terminologie, on passa du « devoir » à un « droit » à l’insoumission et au refus de prendre les armes. On discuta âprement pour savoir jusqu’où devait aller la solidarité avec le FLN  : certains signataires voulaient se cantonner exclusivement aux aspects humanitaires et en aucun cas apporter leur soutien à des « terroristes ». Les rédacteurs du Manifeste cherchèrent, comme il convient pour ce genre de texte, le plus petit dénominateur commun entre les sympathisants du PCF et, en dehors du Parti, les ultra-bolcheviks, les anarchistes antitotalitaires, les surréalistes apatrides, les poètes humanistes, les tenants d’un théâtre engagé, qui, par leur « bataille de l’écrit » ont tissé autour de l’engagement anticolonialiste tout un réseau non dénué de méfiances et de jalousies. On peut cependant voir dans cet amalgame un exemple du « communisme de pensée » dans lequel s’agrégeaient des idéologies sensiblement différentes, voire opposées, car il s’agissait avant tout de dire que la France menait en Algérie une guerre injuste et criminelle et qu’il fallait la dénoncer comme telle – de même que la torture, révélée très tôt par des plaintes et des témoignages17. L’éditeur suisse et sympathisant du FLN Nils Andersson a vu comme un acte de courage dans ce rassemblement de refus auparavant individuels et la désignation de ce qui n’avait pas de nom jusqu’alors comme un acte de courage : « [...] si l’on rappelle les moyens dont disposait le lobby colonial, ceux déployés par le pouvoir et l’armée pour s’assurer le contrôle de l’opinion, si l’on y ajoute un racisme latent à l’encontre des populations nord-africaines, on conçoit combien il était subversif de prendre position 15 Cf. Catherine Brun, Genèse et postérité du «Manifeste des 121». 16 Henri Béhar, Le droit à l’insoumission. Le surréalisme et la guerre d’Algérie, dans Wolfgang Asholt et Hans T. Siepe (éds.), Surréalisme et politique. Politique du surréalisme, Amsterdam 2007, p. 197-214. 17 Concernant l’affaire Djamila Bouhired et Djamila Boupacha, cf. James D. Sueur, Torture and the Decolonisation of French Algeria: Nationalism, ‘Race’, and Violence in Colonial Incarceration, dans Graeme Harper (éd.), Captive and Free: Colonial and Post-Colonial Incarcertation, Londres 2002, p. 161-175. Voir également Pierre Vidal-Naquet, Torture: Cancer of Democracy, France and Algeria, 1954-1962, New York 1963 ; et Rita Maran, Torture : The Role of Ideology in the French-Algerian War, New York 1989. 249 Les tréfonds du combat anti-colonial contre cette guerre, plus encore d’être solidaire avec les Algériens »18. Il en résultait logiquement que l’Algérie ne pouvait être et rester une colonie. La solidarité entre les signataires fut renforcée par la répression, parfois brutale, de la police et de l’État contre certains d’entre eux, puis par les attentats meurtriers de l’Organisation de l’Armée Secrète qui sema la terreur à Paris en 1960-1961, prenant également pour cibles les anticolonialistes. Outre la résidence d’André Malraux, ce sont aussi le siège du PCF, l’appartement de Jean-Paul Sartre dans la rue Bonaparte et la rédaction de France Observateur qui furent plastiqués. Alors que Sartre et Les Temps Modernes, pourtant toujours fortement associés au Manifeste, ont joué un rôle plutôt marginal, il convient de signaler l’action d’autres courants intellectuels et notamment celui déjà évoqué des catholiques qui comptaient parmi eux aussi bien des tenants ultraréactionnaires de l’Algérie française que les plus zélés porteurs de valises de la cause algérienne. L’un des initiateurs du Manifeste fut Robert Barrat, rédacteur en chef du journal catholique de gauche Témoignage chrétien et secrétaire général du Centre catholique des intellectuels français, fin connaisseur de l’Algérie et entretenant des contacts avec ses organisations clandestines. Il fut emprisonné pour un article paru dans France Observateur. Il fonda avec d’autres le Comité d’action des intellectuels contre la guerre d’Algérie et, en 1956, organisa des rencontres entre les représentants du FLN et Pierre Mendès-France. Il créa en 1960 le journal semi-clandestin Vérité-Liberté avec Pierre Vidal-Naquet, Paul Thibaud et Jacques Panijel. Soupçonné d’être l’instigateur du Manifeste, il passa seize jours en prison à Fresnes. Il faudrait encore mentionner le rôle des cercles anarchistes et libertaires qui, par pacifisme, soutinrent le combat contre l’intervention de l’armée française mais qui, très tôt conscients de l’émergence d’un ultranationalisme algérien, virent dans la répression des mouvements syndicalistes et messalistes les prémices d’une dictature d’après-guerre19. Enfin, les initiateurs et une grande partie des signataires du Manifeste étaient issus des milieux surréalistes qui revendiquaient la paternité du texte et le considéraient comme ayant été « récupéré » par Sartre20. Ici encore, l’engagement pour la liberté du peuple algérien fut considérablement troublé par l’hégémonie de plus en plus affirmée du FLN, ce malaise apparaissant comme une prolongation de l’opposition au stalinisme du PCF après l’insurrection de Budapest en 1956. Théorie et pratique La posture classique – et assez limitée – d’un manifeste consiste à appeler les autres à agir, ouvrant ainsi un gouffre entre la théorie et la pratique. Le Manifeste appelle ici explicitement à refuser de servir sous les drapeaux sans toutefois provoquer un mouvement 18 Nils Andersson, Ressentis d’une guerre non déclarée, dans Catherine Brun (éd.), Guerre d‘Algérie. Les mots pour la dire, Paris 2014, p. 35-50, ici 41. 19 Sylvain Boulouque, Les anarchistes et les soulèvements coloniaux. De la guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie, L’homme et la société, n° 123-124, 1997, p. 105-117. 20 Voir Henri Béhar, Le droit à l’insoumission. Le surréalisme et la guerre d‘Algérie. 250 Claus Leggewie d’insoumission de masse. « Le verbe semblait avoir pris chair »21, se souvient Vidal-Naquet, mais il cite aussi Robert Bonnaud qui écrivait en 1960 : « [...] nous sommes une très fragile avant-garde. Il m’est arrivé de suggérer, en plaisantant, que pour un peu, on aurait des romans sur le soutien, mais pas de soutien, un manifeste sur le droit à l’insoumission, mais pas d’insoumis. »22 Dans les manifestes, la représentation l’emporte presque toujours sur l’action. À la fin de l’année 1962, ce sont plus de 900 000 soldats français qui sont mobilisés pour la guerre d’Algérie, dont une part croissante (près de 60 % en 1957) d’appelés accomplissant leurs dix-huit mois de service militaire. Leur nombre entre 1954 et 1962 dépasse la barre des 1,3 millions. Moins d’un pour cent de ces jeunes hommes ont été fichés comme insoumis, on a compté à peine un millier de déserteurs, de même pour les objecteurs de conscience. 25 000 soldats français sont tombés en Afrique du Nord, dont 13 000 appelés23. L’expérience souvent traumatique de cette génération née vers 1940 a longtemps été un tabou, avant que des documents littéraires ou filmiques ne s’en fassent l’écho. Le soutien apporté au FLN, autrement dit au « camp d’en face », était encore plus réticent. Quelques rares Français et Françaises entreprirent toutefois des actions en faveur du Front de Libération en assurant le transport d’imprimés, de documents, d’argent, de clandestins et, en de rares cas, d’armes. Dans le sillage des Temps Modernes a émergé le réseau Jeanson, du nom de l’ancien secrétaire de rédaction de la revue. Le philosophe né en 1922 était un intime de Jean-Paul Sartre – qui lui confia la direction de la revue entre 1951 et 1956 – et se chargea de mener la campagne critique contre L’Homme révolté de Camus. Membre de la Résistance durant la deuxième guerre mondiale, Jeanson travailla aussi en 1945 comme reporter pour Alger républicain. En 1957, au plus fort du conflit militaire et de l’opposition intellectuelle contre la guerre et la torture, il créa un réseau de d’aide clandestin dont les membres furent surtout actifs dans le « wilaya 7 » (unité territoriale de la résistance algérienne), c’est-à-dire en France, où ils sont entrés dans l’histoire sous le nom de « porteurs de valises ». Parallèlement à la publication du Manifeste, Jeanson – qui était déjà passé dans la clandestinité – est jugé par contumace, avec dix-huit de ses compatriotes et six Algériens, pour haute trahison et condamné à dix ans de prison. Bien que le Manifeste n’évoque pas ce procès, il a pu se lire comme un soutien indirect au réseau de résistance – ce contre quoi quelques défenseurs de la cause algérienne se sont clairement exprimés et raison pour laquelle certains signataires pressentis, comme Edgar Morin ou René Char, ont refusé de participer au Manifeste. 21 Pierre Vidal-Naquet, Une fidélité têtue. La Résistance française à la guerre d’Algérie, p. 16. 22 Ibid., p. 15-16. 23 Chiffres donnés par Jean-Pierre Masseret, secrétaire d’État à la Défense et Marcel Lesbros, rapporteur de la commission des affaires sociales, le 5 octobre 1999 ainsi que par l’O.N.A.C. (Office National des Anciens Combattants). 251 Les tréfonds du combat anti-colonial Interlude Il convient ici d’évoquer brièvement, à titre d’exemple du retentissement du Manifeste à l’étranger, qu’à partir de 1958, avec l’élargissement du septième wilaya, des porteurs de valises allemands et autres complices clandestins ont également aidé le FLN, formant un réseau de deux à trois cents hommes et femmes, avec un noyau dur d’une vingtaine de personnes, avec des degrés d’implication variés, activistes ou combattants en faveur de la libération algérienne24. Ils correspondaient au milieu social des porteurs de valise français, issus de la gauche socialiste, des syndicats, ou des organisations de jeunesse socialistes (Falken, Naturfreunde) ainsi que des églises et de leurs associations caritatives. Le futur ministre d’État Hans-Jürgen Wischnewski a joué, en tant qu’élu parlementaire et jeune socialiste aux penchants trotskystes, un certain rôle de coordinateur et lia des contacts avec l’Afrique du Nord, ce qui lui valut le surnom de Ben Wisch. Hans Magnus Enzensberger prit quant à lui le rôle de porte-parole intellectuel tandis que de nombreuses revues et initiatives estudiantines inauguraient un mouvement de solidarité allemand avec le tiers-monde. Réflexions rétrospectives Tout comme leurs homologues français, les partisans allemands de la cause algérienne n’ont pas vu ou n’ont pas voulu voir certaines zones d’ombre de l’engagement anti-colonial. Les signataires du Manifeste avaient jadis déjà pris leurs distances face à une attitude qui sera encore dépassée par la violente que dépassera encore en violence la préface que Sartre consacrera en 1961 au brûlot de Frantz Fanon, Les Damnés de la terre25. Se prononcer en faveur d’une fonction catalytique de la violence revenait aussi à escamoter la complexité du conflit, à glorifier la lutte anti-coloniale et à ignorer le terrorisme du FLN qui fit de toute évidence indéniablement de nombreuses victimes innocentes. Le pamphlet de Frantz Fanon, alors gravement malade, devint toutefois un livre-culte de la nouvelle gauche, dont une lecture simpliste permit cependant d’introduire une pensée antiraciste manichéenne qui participa certes de l’autocritique des Blancs mais qui ignora la montée des régimes corrompus et dictatoriaux dans le Tiers-Monde. Il n’est (peut-être) pas besoin de rappeler que, face aux excès verbaux de Sartre, l’histoire a donné raison aux sceptiques comme Albert Camus, Jacques Derrida et Germaine Tillion26. Cela ne vaut pas seulement pour le terrorisme du FLN mais aussi pour 24 Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises. La résistance française à la guerre d‘Algérie, Paris 1979; et pour le versant allemand, voir Claus Leggewie, Kofferträger. Das Algerien- Projekt der Linken im Adenauer-Deutschland, Berlin 1984. 25 « Guérirons-nous? », demande Sartre avant de répondre lui-même: « Oui. La violence, comme la lance d’Achille, peut cicatriser les blessures qu’elle a faites » (cf. Jean-Paul Sartre, Introduction, dans Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, Paris 1961, p.25). 26 Cf. David Drake,  Sartre, Camus and the Algerian War, Sartre Studies International, vol. 5, n°1, 1999, p.16-32  ; Jacques Derrida, L’anti-Macias : Moi, L’Algérien, Le Matin d’Algérie, 21 Novembre 2007 ; Germaine Tillion, Il était une fois l’ethnographie, Paris 2000. 252 Claus Leggewie l’aveuglement face aux courants islamistes, déjà en germes et guère compris en Europe, ou encore pour l’antisémitisme qui étaient pourtant difficile à ignorer. L’exode des Juifs algériens a immédiatement suivi l’indépendance tandis que le pays s’est déclaré comme un État farouchement opposé au « sionisme ». Celui qui ne saisit pas ces ambiguïtés, ne peut comprendre ni le problème franco-algérien ni la guerre civile et le terrorisme djihadiste qui fit une entrée aussi précoce que belliqueuse en Algérie avant de revenir en France par la deuxième ou troisième génération des enfants d’immigrés. Claude Lanzmann, qui fut sympathisant du FLN durant les années 1950, considère rétrospectivement dans Le Lièvre de Patagonie qu’il aurait dû réfléchir à son engagement pour l’indépendance de l’Algérie à l’aune de la question israélienne. Dans ses mémoires, il décrit son trouble quand Ahmed Ben Bella, président de l’Algérie indépendante entre 1962 et 1965, lui annonce vouloir envoyer une armée de cent mille hommes pour libérer la Palestine  :  « Pour moi, c’était fini : je croyais qu’on pouvait vouloir en même temps l’indépendance de l’Algérie et l’existence de l’État d’Israël. Je m’étais trompé. »27 Dans son histoire discursive de l’Holocauste au sein du monde arabe, Omar Kamil rapporte une scène se déroulant au Caire en février 1967 où Claude Lanzmann joua bien involontairement le rôle de rabat-joie lors d’une rencontre entre Sartre et le président égyptien Nasser28. Autant Sartre n’a pas voulu se prononcer clairement contre Israël, autant Lanzmann s’engage pour l’Etat juif (Pourquoi Israël, 1973) et sur son armée (Tsahal, 2009). Le film sur l’armée israélienne vit le jour durant la première intifada et Lanzmann explique ainsi sa perspective dans une interview : « Les Nations du monde sont aujourd’hui bien promptes à condamner Israël et elles en oublient la question de la survie qui se pose inévitablement pour ce pays. Elles acceptent la puissance militaire d’Israël comme quelque chose de donné et ne s’en étonnent même pas. Je considère ce manque d’étonnement comme un grand danger. Mon film doit raviver cet étonnement et présenter la réalité sous un nouvel angle ».29 Ce qu’un regard critique sur le passé ne doit pas non plus oublier aujourd’hui, c’est la sympathie d’alors des milieux d’extrême-droite antisémites pour la libération algérienne et les soutiens au FLN issus de ces cercles30. 27 Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie. Mémoires, Paris 2009, p. 364. 28 « Les médias arabes se plaignirent du «Juif» silencieux et apathique qui avait accompagné Sartre lors de son séjour. Ce comportement avait été interprété par l’intelligentsia arabe comme une «tentative de sabotage juive». De fait, Lanzmann était arrivé abattu et apathique au Caire. La raison était toutefois d’ordre purement personnel. Sa sœur Evelyne avait eu une relation amoureuse avec un membre du Front de Libération Nationale. Lorsque celui-ci fut nommé à de hautes fonctions en Algérie, elle ne put le suivre à cause de ses origines juives. La relation prit fin et, de désespoir, la sœur de Lanzmann se donna la mort. » [Traduction de l’auteur], Omar Kamil, Der Holocaust im arabischen Gedächtnis. Eine Diskursgeschichte 1945-1967, Göttingen 2012, p. 113. 29 Claude Lanzmann, Die Wiederaneignung der Gewalt, dans Valeska Bertoncini (éd.), Booklet. Claude Lanzmann Gesamtausgabe, DVD absolut Medien, Berlin 2010, p. 39. 30 Sur le rôle du banquier suisse François Genoud: Karl Laske, Le banquier noir. François Genoud, Paris 1996. 253 Les tréfonds du combat anti-colonial Changement de paradigme Le Manifeste fut l’un des coups d’envoi de la « Nouvelle gauche » en France. Il en amorça le changement de paradigme, faisant passer de l’opposition métropolitaine entre travail et capital ainsi que de l’antifascisme qui se prolongeait dans la guerre froide à une ligne de front entre le Nord et le Sud ainsi qu’à un anti-impérialisme ne répugnant pas à la violence. L’anticolonialisme impliquait de plus en plus une diabolisation de l’Occident colonisateur, conçu comme l’ennemi absolu, ainsi qu’un américanisme primaire. Pour la gauche fran- çaise aussi, la guerre d’Algérie constitua un prologue à l’engagement contre la guerre du Vietnam et à un soutien, pré-maoïste, aux « villages » contre les villes. On peut ajouter en guise de note historique qu’Anne-Marie Duranton-Crabal, dans son intéressante étude des sources, fait remonter l’émergence du GRECE et donc d’une Nouvelle Droite pluri-ethnique autour d’Alain de Benoist à la guerre des pétitions menée autour du Manifeste des 121. La majeure partie des courants d’extrême-droite – avec à leur tête la Fédération des étudiants nationalistes (FEN) et en sous-main le groupe clandestin Jeune Nation interdit depuis 1958 – luttait avec verve et violence pour le maintien de l’Algérie française. Elle était proche de l’OAS qui combattait la droite conservatrice ainsi que les partis et les syndicats de gauche. Cependant, quelques jeunes universitaires tenants de la révolution conservatrice, dont certains ont servi en Algérie, voulurent dépasser le nationalisme classique. Alain de Benoist et d’autres « grécistes » délaissent l’Hexagone au profit d’une Europe blanche et promeuvent, en d’autres termes, un tiers-mondisme critique à l’égard de l’assimilation mais qui reconnaît aux peuples colonisés du Sud un droit au particularisme et à la différence. Un autre changement de paradigme ? Selon une nouvelle lecture de l’histoire des intellectuels, ce point d’orgue de l’engagement traditionnel fut dépassé au plus tard en 1968, date à partir de laquelle on leur attribua de nouveaux rôles. Il y avait en effet un paradoxe à ce que les signataires du Manifeste, auquel tellement de figures marquantes et d’écrivains de premier rang avaient pris part, voient leur nom d’auteur rattaché à un collectif et se retrouvent subordonnés à « La cause du peuple ». La nouvelle génération dont l’expérience algérienne formait le cadre de références – en tant qu’expérience existentielle et professionnelle mais aussi en tant que tournant historique – remit en cause ces élites. On passa des manifestes aux manifs. Pourtant, même après la mort de Sartre, les intellectuels qui préviennent, avertissent et éclairent l’opinion continuent à jouer un rôle notable, tout particulièrement en France. Ils se trouvent de plus en plus en dehors des grilles de repère gauche-droite ou Nord-Sud, prenant parti pour les opprimés et les parias au nom des droits de l’homme universels. Un groupe de parias a particulièrement attiré l’attention de Claude Lanzmann : les harkis, ainsi que l’on appelait les soutiens algériens ou, comme on disait autrefois, les collaborateurs de l’armée française, au service de l’État. Beaucoup d’entre eux avaient déjà combattu contre Hitler aux côtés des Français. Ils se retrouvaient désormais mobilisés contre les maquisards du FLN. À la fin de la guerre en 1962, on estimait qu’il y avait 45 000 harkis, 60 000 personnes servant sous les drapeaux et 20 000 soldats de métier dans 254 Claus Leggewie l’armée française, auxquels s’ajoutaient les 60 000 membres des milices locales et 50 000 fonctionnaires. En 1962, environ 10 000 harkis ont été victimes de l’épuration algérienne, 260 000 furent évacués en France et hébergés jusque dans les années 1970 dans des camps d’internement datant de la période de Vichy. Encore aujourd’hui, on ne peut parler d’une reconnaissance nationale ou d’une véritable intégration. En décembre 2011, le numéro thématique des Temps modernes intitulé « 1962-2012, les mythes et les faits » se pencha sur la question des troupes auxiliaires arabes. En introduction, Lanzmann reconnaissait que si la lumière n’avait jamais été faite et la vérité sur les harkis jamais rendue publique, cela n’en incombait pas seulement au FLN mais aussi à l’étroitesse de vue des Temps Modernes. En 2007, lorsque son homologue français Nicolas Sarkozy voulut donner un signe officiel dans ce sens, le président Bouteflika, le dernier des moudjahidin du FLN encore au pouvoir, menaça explicitement de suspendre des contrats de gaz avec la France si les harkis étaient réhabilités et dédommagés. Lanzmann déclara à ce propos  : «  Il n’est pas tolérable que cette communauté soit marquée à jamais d’un stigmate de honte et que sa tragique histoire reste comme ensevelie, ignorée de la majorité des Français. »31 Conclusion Il faut souligner que le Manifeste des 121 et les pétitions similaires ont contribué, même ex negativo, à nommer la guerre d’Algérie par son nom et à précipiter sa fin, rendant ainsi patent le rôle des intellectuels dans le discours et le débat publics. En même temps, le Manifeste a conforté certains mythes de l’anticolonialisme et du tiers-mondisme qui firent longtemps l’économie d’une autocritique et laissèrent libre cours à une dénonciation aveugle des sociétés occidentales. Il faudrait à l’inverse démystifier ces postures d’intellectuels qui, depuis longtemps, n’interviennent plus seulement en tant qu’intellectuels partisans, c’est-à-dire défenseurs d’une noble cause, mais qui s’efforcent de révéler toute la vérité en tant qu’intellectuels publics et gardiens des droits de l’homme universels. 31 Claude Lanzmann, Les parias de la Guerre d’Algérie, Les Temps Modernes, 666 (2011) 5.

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References

Zusammenfassung

27. November 1925: Claude Lanzmann wird in Paris geboren. Zu seinem 90. Geburtstag fand eine interdisziplinäre Konferenz an der Freien Universität Berlin statt. Der zweisprachige Band (dt./frz.) versammelt die Vorträge, in de­nen Wissenschaftlerinnen und Wissenschaftler das umfangreiche Lebenswerk Lanzmanns aus unterschiedlicher Perspektive und im Beisein dieses maßgeb­lichen französischen Intellektuellen und Filmemachers würdigten.