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Résumé francais in:

Philipp Karl

Analyse der ungarischen Parteien Jobbik und Fidesz, page 75 - 94

Erklärungsansätze für ihren Aufschwung

1. Edition 2018, ISBN print: 978-3-8288-4031-7, ISBN online: 978-3-8288-6771-0, https://doi.org/10.5771/9783828867710-75

Tectum, Baden-Baden
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Résumé francais Introduction «Aucune vérité n’est donc plus certaine, plus absolue, plus évidente que celle-ci : tout ce qui existe, existe pour la pensée, c’est-à-dire, l’univers entier n’est objet qu’à l’égard d’un sujet, perception que par rapport à un esprit percevant, en un mot, il est pure représentation.»180 Le 1er mai 2004 marque l’entrée de la Hongrie dans l’Union Européenne. A cette époque, la Hongrie était considérée comme un modèle de transition réussie du système soviétique à une démocratie de type occidental. Il n’y n’avait pas de partis d´extrême-droites forts et le système paraissait stable. La situation intérieure de la Hongrie est une des clés de la paix en Europe centrale. Les relations bilatérales sont fortement marquées par les minorités présentes dans les pays. En particulier les fortes minorités hongroises à l´extérieur des frontières pèsent dans les relations entre la Hongrie et ses voisins slovaques et roumains. Ainsi Ján Slota, le chef du parti d´extrème-droite slovaque SNS, parle de la «cinquième colonne» du gouvernement hongrois dans les pays voisins. Ceci n’étonne guère lorsque l’on considère que déjà le premier président hongrois après 1989 avait déclaré être le président de 15 millions de hongrois – même si le territoire de la Hongrie n’en compte que 10 millions. Dans sa déclaration il avait en effet inclus les quelques 5 millions de hongrois vivants dans les pays voisins. Actuellement, la loi sur la double-nationalité qui peut s’appliquer à ces mêmes minorités hongroises peut même être interprétée comme une violation de la souveraineté des États. Au cours de l’année 2006, il s’est toutefois avéré que la situation intérieure de la Hongrie était tout sauf stable. Suite aux élections parle- 180 Schopenhauer, Arthur. Die Welt als Wille und Vorstellung. Gesamtausgabe. Deutscher Taschenbuch Verlag GmbH & Co. KG, München. 1998. S. 33 pour la traduction Auguste Burdeau. Librairie Félix Alcan. 1912 6e éd. Tome premier. pp. 2-5 75 mentaires de 2006 et dans le courant de l’année 2007 des milliers de hongrois de droite manifestaient violemment dans les rues de Budapest. Au cours de ces émeutes, le siège de la télévision publique hongroise MTV (Magyar Televizió) fut prise d’assaut par les manifestants. De même la crise financière mondiale a durement frappé la Hongrie, ce qui aggrava le climat de crise économique et politique. – Les élections électorales aboutirent à un résultat notable : – Il y eu pour la première fois dans l’histoire de la Hongrie une majorité de deux-tiers, conquise par le parti de droite Fidesz-MPS (Fiatal Demokraták Szövetsége-Magyar Polgári Szövetség- Alliance des jeunes démocrates - Union civique hongroise181). – Cette majorité atteint le seuil nécessaire pour permettre une révision constitutionnelle. – Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, jamais un parti d’extrême-droite n’avait remporté autant de votes que le parti Jobbik (Jobboldali Ifjúsági Közösség - Jobbik Magyarországért Mozgalom - Alliance des Jeunes de Droite-Mouvement pour une meilleure Hongrie182) – Pour la première fois un parti écologiste fit son entrée au parlement – Seuls deux des partis de la première législature en 1990 sont encore représentés au parlement Le Fidesz a fait usage de sa confortable majorité pour engager une refonte du système politique et faire voter une nouvelle constitution. Celle-ci entrera en vigueur le 1er Janvier 2012. Cette constitution, au même titre que la loi sur les médias de 2010, est très critiquée pour son caractère anti-démocratique aussi bien en Hongrie qu’à l’étranger. La démocratie en Hongrie semble donc mise en danger. La Hongrie a récemment encore fait parler d’elle, à l’occasion d’un triste évènement: l’évacuation «préventive» de la population rom de Gyöngöspatà à la suite de nombreux défilés d’organisations d’extrême-droite telles que la Garde Hongroise et Véderö (puissance protectrice). Les élections de 2010 ont été un grand pas pour l’extrême-droite représentée par le Jobbik ainsi que pour la droite en général représen- 181 Par la suite appelé Fidesz. 182 Par la suite appelé Jobbik. Résumé francais 76 tée par le Fidesz. Il se pose alors la question de savoir comment ce succès peut s’expliquer. Quels sont les facteurs qui l’ont favorisé? Ce mémoire examine la thèse selon laquelle la montée de la droite ne résulte pas seulement de facteurs conjecturels tels que la crise politique et économique mais s’explique surtout par des données actuelles de la culture politique hongroise. Une première partie est consacrée à l’étude du système politique de la Hongrie. Une deuxième partie s’intéresse plus particulièrement aux deux partis qui dominent actuellement la droite, Jobbik et Fidesz, et analyse leurs programmes politiques. Enfin, la troisième partie tentera de donner des clés pour comprendre la culture politique hongroise. Mais avant de commencer il est nécessaire de clarifier les termes de droite et de gauche. Leur rigueur terminologique est à remettre en question, car ils sont aujourd’hui hautement connoté et normatifs. On pourrait même qualifier d’absurde l’idée d’utiliser des mots expressis verbis subjectifs183 comme critères rigoureux dans les sciences politiques et sociales. Par ailleurs, la catégorisation droite-gauche est fluctuante selon les pays. Toutefois, ces catégories peuvent avoir un intérêt du point de vue des sciences politiques. D´abord, les partis les utilisent eux-mêmes pour se définir les uns par rapport aux autres, ensuite ils sont très répandus dans la société et dans les médias. Or, les sciences humaines s’intéressent justement à l’homme et à ses actions et ses représentations. La subjectivité des hommes est un élément à prendre en compte dans le cadre des sciences humaines. Dans son ouvrage sur la gauche et la droite, Bobbio affirme que «l’âme de la droite» réside dans un attachement à la «tradition» dans tous les sens qu’elle peut prendre.184 Selon Mudde le noyau de la pensée de droite, c’est la nation ou plus exactement ce qu’il nomme «nativism» 185; ainsi que l’autoritarisme et le populisme. Pour qualifier les partis en question, l´auteur de cette étude a analysé leurs programmes pour les élections européennes. Il ressort de cette analyse que la «nation» est un élément crucial dans les programmes de Jobbik et Fidesz. 183 La position dans l´espace varie selon l´angle du spectateur. 184 Bobbio, Norberto. Rechts und links. Rechts und Links: Gründe und Bedeutungen einer politischen Unterscheidung. Wagenbach. 1994. p. 61 185 Mudde, Cas. Populist radical right in Europe. Cambridge University Press. 2007. p. 16 Introduction 77 Il est à noter que Jobbik mentionne le mot «cigány» (tsigane) proportionnellement beaucoup plus souvent que Fidesz alors que Fidesz emploie le mot «család» (famille) plus souvent proportionnellement que Jobbik186. Dans la littérature spécialisée, le Fidesz est d´abord qualifié de parti libéral dans les premières années post-communistes, mais elle s’accorde à dire qu´il a connu un virement à droite par la suite. Si donc Fidesz est un parti de droite il reste difficile de déterminer si l’on peut l’assimiler à la droite traditionnelle ou à la droite radicale. „The confusion with respect to clasifying the parties in Eastern Europe is even more striking. According to some observers the […] [FIDESZ] is part of the family] (e.g.Bohlen 2002; Jungwirth 2002a; Rupnik 2002), while others reject their inclusion and label the MIÉP the only major populist radical right party in Hungary (e.g. Bernáth et al. 2005; Karsai 1999)”187 Le cas du Jobbik est plus clair. Dans les médias ainsi que dans la littérature, il y a un consensus pour qualifier le parti d’extrême-droite. Néanmoins de nombreux –ismes sont encore accolés à la droite hongroise dans son ensemble : populisme, nationalisme et antisémitisme. L’antisémitisme moderne est caractérisé par le nivellement et la relativisation (au moins implicite) de la Shoah. Sur le site-web de Jobbik des membres importants qualifient la guerre d´Israël contre le Liban de «génocide».188 Le slogan du Jobbik est «csak a nemzet» (Rien que la nation) un slogan clairement nationaliste et populiste. De même, le chef du Fidesz Viktor Orbán puise dans une rhétorique nationaliste et populiste: „1848-ban nem tűrtük el, hogy Bécsből diktáljanak nekünk, 1956-ban és 1990-ben nem tűrtük el, hogy Moszkvából diktáljanak, és most sem hagyjuk, hogy Brüsszelből vagy bárhonnan bárki is diktáljon nekünk“189 (En 1848 nous n’avons pas accepté les règles dictées par Vienne, en 1956 et 1990 nous n’avons pas accepté les règles dictées par Moscou, et de même aujourd’hui nous n’accepterons pas les règles dictées par Bruxelles ni par personne d’autre.). 186 Voir la partie allemande p. 5 187 Mudde. 2007. p.32 188 http://www.jobbik.com/jobbik-announcements/3057 .html (consulté le 13.03.2011) 189 Orbán, Viktor pendant la fête nationale, cité dans le Magyar Hírlap le 16.03.2011 Résumé francais 78 Cette comparaison de la Vienne monarchique avec d’une part la Moscou communiste et avec d’autre part avec la capitale de l’Union européenne a évidemment des traits populistes et nationalistes. On comprend ici par nationalisme «un principe politique qui souhaite la conformité entre les entités ethniques»190. Avec Mudde on comprend par populiste une idéologie selon laquelle la société est séparée entre «le vrai peuple» et l’élite corrompue.191 Le système politique hongrois «Putsch constitutionnel» - c’est ainsi qu’Attila Mesterházy le chef de la MSZP a nommé la nouvelle constitution élaborée par le Fidesz. Reste à savoir si ce jugement est fondé. Il est certain que la nouvelle constitution bouleversera le système politique hongrois. Une constitution fixe le cadre dans lequel se déroule l’action des partis politiques. Ainsi l´ancienne constitution avait des incidences sur le comportement et le développement du Fidesz et du Jobbik et il est probable que la nouvelle introduira une nouvelle donne. Cette partie est consacrée à l’étude de ces incidences. L’analyse est basée sur la supposition sous-jacente que des structures sociétales se font ressentir sur le comportement des acteurs et vice versa. Un système politique constitue une telle structure. Comme le but de ce devoir est d’analyser le Jobbik et le Fidesz, il est nécessaire de comprendre les interdépendances entre ces partis et le système politique. On définit le système politique comme le cadre du processus politique dans lequel agissent les acteurs. Il se compose essentiellement de la réalité constitutionnelle ainsi que des échéances électorales. La réalité constitutionnelle est caractérisée par la constitution écrite et la pratique constitutionnelle. 190 Gellner, Ernest. Nationalismus und Moderne. Berlin. 1991. p. 8 191 Mudde 2007 p. 135 Le système politique hongrois 79 La constitution comme compromis Dans les démocraties modernes des constitutions nouvelles sont normalement votées par referendum ou par voie parlementaire. En Hongrie, tel n’était pas le cas. Il s’agissait en 1990 d’un remaniement de la constitution soviétique – qui fut, bien entendu, totalement changée – élaborée par les élites réunies autour d’une table ronde. Elle fut élaborée en peu de temps et elle avait le caractère d’un compromis. Donc, dès le début elle était très contestable. Néanmoins, cette constitution a donné les bases juridiques pour la vie démocratique en Hongrie. Elle a constitué une démocratie parlementaire avec en théorie un parlement puissant, un chef d’État réduit à une fonction avant tout représentative et un ministre-président fort. Il y eu plusieurs tentatives de modifications et plusieurs modifications réelles entre 1989 et 2010. En 1996/1997 le gouvernement MSZP avait même voulu adopter une nouvelle constitution et comptait sur le soutien du Fidesz, qui pourtant était dans l’opposition. Cette tentative échoua néanmoins, suite au renoncement du Fidesz, qui, bien qu´il y ait été favorable sur le principe, ne souhaitait pas que la MSZP obtienne une telle victoire politique à la veille des élections parlementaires de 1998. La pratique constitutionnelle La pratique constitutionnelle conféra au ministre-président une place plus important dans le jeu de pouvoir. Il est le point fixe du système politique hongrois. Il nomme les ministres et représente essentiellement le gouvernement. Même s’il n’a pas de compétence pour influer sur le contenu, la pratique a cependant montré qu’effectivement il en a d´autant plus que la polarisation entre la droite et la gauche renforce la tendance à se focaliser sur un leader fort, un «vezér». On peut se demander si l’on assiste à une présidentialisation du système. Mais, il existe un consensus sur le fait que le système soit devenu une véritable «Kanzlerdemokratie». La personnification accrue a contribué à accélérer ce développement. Aussi l’appareil administratif autour du ministre- Résumé francais 80 président a-t-il considérablement augmenté depuis 1990. En 2006, on y comptait plus d’employés qu’à la chancellerie allemande192. Le système électoral a aussi joué son rôle dans le développement des partis. On peut affirmer que le droit électoral a eu un grand effet sur la stratégie des partis. Fidesz était le premier parti qui calquait sa structure sur le découpage des circonscriptions. Le système électoral est relativement complexe. Avec la première voix on vote pour un candidat dans une circonscription, avec la deuxième on vote pour une liste. 176 mandats sont attribués par un système majoritaire à deux tours. Les autres mandats sont distribués de manière proportionnelle dans deux listes : la liste des comitats et une liste nationale de compensation. Ce système électoral a favorisé la bipolarisation entre deux blocs. La nouvelle constitution Le préambule est écrit à la première personne du pluriel et fait de nombreuses références à l’histoire et au christianisme. Au niveau de l’histoire, le préambule passe en revue le dernier millénaire depuis l’arrivé des magyares dans la plaine pannonienne jusqu’à aujourd’hui en passant par le roi Etienne et la sainte couronne. Le peuple hongrois est considéré comme partie intégrale de l´Europe qu’il aurait toujours défendue, mais qui a aussi toujours lutté pour sa propre liberté et son indépendance. Le préambule insiste sur le rôle du christianisme, même si les autres traditions religieuses de la Hongrie sont considérées comme importantes. Promesse est faite que l’unité spirituelle et intellectuelle de la nation soit maintenue, ainsi que la culture hongroise et les trésors du bassin des Carpates. La contribution de la Hongrie dans l’Europe est soulignée. La dignité de l’homme est comprise comme le principe de base de toute vie commune. La famille et la nation sont définies comme le cadre de cette vie commune et les valeurs de la communauté sont amour, foi et fidélité. Le but de l’État doit être le déploiement de la paix, de la sécurité, de l’ordre, de la vérité et de la liberté. La continuité juridique avec la constitution de 1949 est explicitement refusée. Bien 192 Küpper p. 78 Le système politique hongrois 81 que le préambule fasse partie de la constitution, il reste néanmoins très controversé si le rôle qu’il joue véritablement est de nature juridique ou politique. Pourtant, les critiques extérieures portent essentiellement sur le fait qu’au 21ème siècle la Hongrie soit dotée d’un préambule, qui reflète plutôt l’esprit du 19ème siècle, dans la mesure où il porte en lui une interprétation herderienne de la nation entendu comme «Volksgeist». Par ailleurs, la prise en compte du bassin des Carpates est une référence explicite à la Grande Hongrie. Ceci peut être interprété soit comme génuflexion devant l´extrême-droite soit comme une stratégie pour leur couper l’herbe sous le pied. Selon l’auteur de cette étude il y au moins trois raisons principales qui expliquent le contenu ce préambule : – Un romantisme herderien – Une stratégie pour affaiblir le Jobbik – Un virement nationaliste Contrairement à la vieille constitution, la nouvelle constitution mentionne l’État sous le nom «Hongrie» et non plus «République hongroise» ce qui peut faire penser à la Hongrie historique. De plus, cette dénomination indique une rupture avec la République hongroise même si l’État reste une démocratie parlementaire dans sa forme. Dans la partie consacrée aux droits de l’homme et du citoyen ce sont surtout les articles K (institution du mariage), M (budget d’État et cour constitutionnel) et II (dignité de l’homme) qui sont contestés. L’article K proclame qu’un mariage doit être fait entre un homme et une femme, ce qui exclue des mariages homosexuels. Dans l’article M, il est critiquable que la cour constitutionnelle soit privée de tous moyens de contrôler le budget. Les implications des différences entre les constitutions Ce chapitre a montré comment le système a marqué les acteurs et vice versa. Le système politique actuel a donc contribué à la bipolarisation, surtout par le système électoral mais aussi par le rôle crucial du ministre-président déjà mis en avant par la constitution. Ce dernier aspect fut renforcé dans la pratique constitutionnelle ainsi que par la ten- Résumé francais 82 dance à la personnification lors de campagnes électorales. La nouvelle constitution ne devrait pas changer ces tendances. Au contraire, il est très probable que le ministre-président devienne encore plus important. Cela pourrait mener à terme à une évolution d’une «Kanzlerdemokratie» vers uns système semi-présidentiel. Toutefois l’aspect nationaliste de la constitution permet au Fidesz de désamorcer l’opposition virulente du Jobbik. Le Fidesz a mis en oeuvre le changement radical espéré par le Jobbik. Pourtant, le Fidesz n’a pas remis en question l’appartenance de la Hongrie à l´Union européenne pas plus les droits de la minorité rom (du moins en général quelques aspects, de la constitution pouvant néanmoins être critiqués). Il est donc tout à fait possible qu’à l’avenir le Jobbik se radicalise encore plus, en particulier concernant ces deux dernières questions. Les évènements de Gyöngyöspatá semblent l’indiquer. Un autre scénario possible serait que le Jobbik modère son discours et ses actions en faveur d’un certain nationalisme qui serait devenu mainstream avec cette constitution. Les partis Ce chapitre traite plus particulièrement des acteurs, à savoir les partis Jobbik et Fidesz– leur histoires, leur vision et leur configuration actuelle– donc plusieurs aspects différents. D’après l’opinion de l’auteur on peut catégoriser ces aspects selon quatre dimensions qui structurent ce chapitre. – La dimension du contenu – La dimension historique – La dimension sociographique – La dimension fonctionnaliste La dimension du contenu comprend l’idéologie ainsi que le programme du parti. Ceux-ci sont analysés avec l’aide des publications des partis concernés. À noter que Fidesz a beaucoup changé pour ce qui est du contenu. Cet aspect est développé dans la dimension historique, car la première dimension se limite aux derniers programmes électoraux. La dimension historique se définit par le développement et l’histoire du parti. La structure de l’électorat, des fiefs électoraux et la com- Les partis 83 position des partis constituent la dimension sociographique. La dernière dimension s’intéresse au rôle des partis dans le système partisan hongrois. La dimension du contenu Dans le système des partis hongrois, le Fidesz se situe au niveau de la droite modérée. En principe elle est en faveur de la construction européenne, même si elle la critique parfois de manière populiste. Officiellement elle ne lutte pas contre les frontières définies par le traité du Trianon de 1919, mais ses relations avec les minorités hongroises dans les pays voisins sont très étroites. C’est un parti qui se déclare démocrate, mais qui est à l’origine de différentes lois (p.ex. la loi sur les médias) et d’une constitution très contestées du point de vue démocratique. Dans le programme électoral de 2010193 Le Fidesz affirme sa volonté de relancer l’économie en créant de nouveaux emplois dans les domaines du tourisme, de l’industrie du bâtiment et surtout dans les petites et moyennes entreprises. Ce soutien aux PME devant se faire par une hausse des subventions étatiques. La consommation des produits hongrois doit être encouragée. La politique intérieure est au cœur du programme et met l’accent sur l’ordre. Les moyens d’y parvenir sont la lutte contre la corruption, l’amélioration de l’efficacité ainsi que l’augmentation des forces de police. L’institution de la famille doit être renforcée en tant que pilier de la société. Pour raffermir la cohésion sociale, des progrès sont à faire pour intégrer les Roms dans la société et plus particulièrement dans le système éducatif. Le programme du Jobbik est lui plus radical. D´abord il s’agit de créer „Eco‐Social National Economics“194, c´est-à-dire un État puissant qui aide à soutenir «l’industrie hongroise, l’agriculture hongroise, les produits hongrois, les entreprises hongrois et les marchés hongrois»195. De manière générale, Jobbik est contre la privatisation des 193 http://static.fidesz.hu/download/481/nemzeti_ugyek_politikaja_8481.pdf 194 http://jobbik.com/temp/Jobbik-RADICALCHANGE2010.pdf (consulté le 27.06.2011) p. 2 195 p.3 Résumé francais 84 entreprises hongroises et contre l’implantation de multinationales sur le territoire hongrois. Pour lutter contre le changement démographique, on défend l’institution de la famille „particularly from attacks by a liberalism whose objective is to put the family unit on an equal footing with every conceivable alternative living arrangement or deviant lifestyle.”196 Ceci exclu bien évidemment le mariage homosexuel. Une partie centrale traite les affaires de la minorité Rom (appelée dans le programme «tsigane»), et surtout la «criminalité tsigane» prétendument inhérente à cette minorité197. Pour en finir avec cette criminalité il s’agit de faire renaître la «csendörség»198. Le Jobbik opte pour une politique de l’ordre et de la tolérance zéro. Sa politique de défense est marquée par une peur diffuse d’une attaque extérieure qui légitime l’augmentation de l’effectif de l’armée ainsi que la création d’une milice patriotique199. D’ailleurs le Jobbik affirme explicitement que son horizon politique n’est pas limité par les frontières de l’État, mais qu’il s’étend aux frontières d’avant le traité du Trianon. En ce qui concerne la politique européenne, le Jobbik souhaite rejeter le traité de Lisbonne. C’est sur ce point et sur la question de la minorité rom que les différences entre le Jobbik et le Fidesz sont les plus grandes. En matière de politique économique, sociale et intérieur il existe un revanche un certain nombre de points de convergences. La dimension historique Le Fidesz a été fondé en 1988 par de jeunes étudiants (Orbán p.ex. n’avait que 26 ans) et s’appuyait essentiellement sur les jeunes qui souhaitaient rompre avec le régime communiste. Au début la formation était un parti d’obédience nationale-libérale qui était en association 196 p. 9 197 p. 11 198 Terme très connoté, car c´était le nom de la gendarmerie jusqu’en 1945. Elle fut très critiquée pour sa collaboration dans la Shoah. 199 p. 20 Les partis 85 avec l’Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe libéraux (ALDE). Mais après son glissement à droite il fut le premier parti à changer de camp à l’échelle européenne puisqu’il intégra le Parti du Peuple Européen (PPE). Le Jobbik a également été fondé par de jeunes étudiants en sciences humaines en 2002. Tous les fondateurs étaient proches des milieux d’extrême droite dont le MIÉP (Magyar Igazság és Élet Pártja – Parti hongrois de la justice et de la vie). Ce n’est donc pas par hasard qu’ils ont formé une liste commune avec le MIÉP lors des élections parlementaires en 2006. Mais, le Jobbik ne parvint pas à percer pour différentes raisons: – C’était un parti encore très jeune – La gauche avait encore la confiance des électeurs – L´élection fut marquée par une forte participation – La dimension sociographique Depuis sa création l’électorat du Fidesz a changé. Au début, et pendant des années, le Fidesz attirait les jeunes et les nouveaux électeurs. Le niveau d’éducation des électeurs du Fidesz était relativement élevé: les ouvriers, les catholiques pratiquants ainsi que les ruraux préféraient eux d’autres partis. Pourtant, dès 1998, le Fidesz parvient à rallier l’électorat conservateur et catholique suite à son changement en Fidesz- MPP (Magyár Polgári Párt – Parti du peuple hongrois) et à sa collaboration avec la KDNP (Kereszténydemokrata Néppárt – Parti du peuple chrétiendémocrtique). Le Fidesz se transforme de plus en plus en parti de rassemblement de pratiquement toute la droite. Par conséquent, il hérite de l’électorat du FKGP (Független Kisgazda-, Földmunkás- és Polgári Párt) qui traverse une crise en 2002. Après un faux départ en 2006 la victoire du Fidesz en 2010 est absolue: Fidesz-KDNP, qui est devenu un parti fortement conservateur, obtient la majorité dans toutes les circonscriptions sauf une. 2010 marque aussi l’essor du Jobbik. Ce parti étant une formation récente, les donnés sur la composition de son électorat sont partielles. Toutefois les articles de presse ainsi que la distribution géographique des votes nous donnent quelques indices. Il semble en effet que le Jobbik était populaire chez les jeunes et les nouveaux électeurs. Par ailleurs, il a obtenu de bons scores en Hongrie de l’est avec jusque 27% Résumé francais 86 des voix dans le comitat Borsod-Abaúj-Zemplen situé dans le nord-est du pays. En particulier dans les comitats ruraux dans lesquels vivent beaucoup de Roms. Un autre indice attestant de la popularité du Jobbik chez les jeunes, nous est donné par le nombre de clics «j´aime» sur la page facebook du parti. Au 26.06.2011 on en dénombre 27.048. En guise de comparaisons, les partis allemands FDP en recensent 14.182, les verts 26.398, le SPD 20.974 ; le MSZP hongrois 4.026 et le Fidesz 26.442. Il est donc évident que le Jobbik a su tirer profit des nouveaux medias et des réseaux sociaux ce qui a certainement contribué à augmenter son audience auprès des jeunes. La dimension fonctionnaliste Le rôle du Fidesz a changé. À ses débuts, c’était un parti qui faisait front aux autres et qui se dressait contre le communisme et contre l’establishment. Il pouvait même être qualifié de parti protestataire à la façon des verts en Allemagne. Le Fidesz était jeune et plein de vitalité (les statuts du parti n’autorisaient l’adhésion seulement aux moins de 35 ans). Dans le système des partis hongrois, il était le seul parti national-libéral. Cet aspect libéral a perdu en importance au cours des années, contrairement à l’aspect nationaliste qui est devenu la pierre angulaire du parti. En effet le nationalisme était devenu un filon qu’exploitait de plus en plus de partis de droite tel que le MIÉP, qui a fait sécession avec le MDF, ou alors le FKGP qui a également adopté un discours plus nationaliste. Le Fidesz a été le premier parti centralisé et personnalisé. De plus, il s’est transformé en catch-all-party. En effet, actuellement, le Fidesz est devenu un parti avec une assise populaire très large. Cette tendance a été soutenue par le fait qu’il a absorbé plusieurs partis de droite comme le FKGP, le KDNP et le MDF. Le Jobbik a remplacé le FKGP et le MIÉP comme parti d’extrêmedroite. Ceci est rendu possible par le fait que Fidesz a laissé le créneau de l’antitsiganisme et l’euroscepticisme vacant. On peut donc se poser la question de savoir si le Fidesz à travers sa rhétorique agressive et sa stratégie de mobilisation de masse n’a pas crée le climat favorable à l’émergence du Jobbik. Il faut en effet prendre en compte que le Fidesz Les partis 87 avait fait une coalition avec le FKGP. Surtout au niveau des relations avec les minorités hongroises dans les pays voisins, le Fidesz a favorisé une réémergence du thème de Trianon dans le débat public, ce qui est déterminant pour le Jobbik. La culture politique hongroise Après avoir traité le cadre et les acteurs ce chapitre sera consacré à l’étude des fondements du système politique hongrois. Autrement dit, il s’agit donc d’analyser les raisons profondes du développement des acteurs et du système. De l’avis de l’auteur chaque système politique naît et évolue sur la base de la culture politique. D’après lui, la culture politique se définit comme l’ensemble des normes, des valeurs et des institutions qui caractérisent une société. Il est primordial de comprendre les schémas de pensée intergénérationnels ainsi que les interprétations des faits et des symboles. Les influences extérieures sur le développement de la culture politique ne seront pas prises en compte pour cette étude. Du point de vue de l’auteur, la culture politique évolue très lentement parce qu’elle est intergénérationnelle et surtout autoréférentielle. En effet les acteurs et les systèmes politiques se réfèrent sans cesse aux acteurs et systèmes anciens, les interprètent et construisent une forme de mémoire qu’ils utilisent à leur guise. Notre étude ne suivra pas l’approche classique selon Almond, Verba, Pye et Inglehart qui se base essentiellement sur des sondages d’opinion. L’approche adoptée ici s’inspire de celle que Timmermann a développée dans son étude des schémas de pensées aux États-Unis et au Japon. Ses études renoncent en effet à l’utilisation de sondages. Elle conteste l’idée que l’on puisse à partir des jugements exprimés à l’échelle micro sociale en faire une généralisation à l’échelle macro sociale. Timmermann se sert des méthodes et des présupposés de la recherche des symboles et l’anthropologie culturelle. Elle se réfère à Rohe et ses deux composants de la culture politique : le socioculturel et la culture de l’interprétation. C’est surtout le dernier qui est essentiel pour l’objet de chapitre. Timmermann présuppose que des sociétés sont formées par des schémas de pensée qui marquent la capacité de perception des individus. Résumé francais 88 Puisque la culture politique est ici comprise comme un phénomène intergénérationnel, et puisque cette étude se focalise sur le Jobbik et le Fidesz, il s’agira essentiellement de déterminer l’influence de l’époque kádáriste et post-kádáriste sur les schémas de pensées qui prévalent au sein de ces partis et de leur électorat respectif. Il sera porté un intérêt tout particulier à la culture d´interprétation de certains évènements marquants de l’histoire de la Hongrie moderne : les révolutions de 1848 et 1956 ainsi que le traité de Trianon. Cette approche s’appuie sur l’hypothèse que le mythe de la construction de la nation hongroise marque très fortement la culture politique du pays et qu’elle peut expliquer, au moins partiellement, le succès actuel de la droite. D’autres éléments de la culture politique seront abordés à fin d’étayer cette thèse, mais également des arguments qui peuvent être interprété comme contre-arguments. Interprétation des faits historiques La révolution de 1848 fut largement réinterprétée à l’époque kádáriste. Néanmoins, le 15. mars date de commémoration de ces évènements fut maintenue comme jour férié mais compris dans un sens totalement différent, transformé en journée de la jeunesse et servant à canaliser le sentiment national. Mais dès 1988, date de la fin du kádárisme le 15. mars reprit sa signification traditionnelle et devint la fête nationale. Pendant les années de gouvernement MSZP le 15. Mars fut l’occasion de contre-manifestations de la part du Jobbik et du Fidesz afin de montrer qu’ils étaient les réels dépositaires de la nation hongroise. «1848» est un symbole de la lutte contre un pouvoir étranger. L’impossibilité du régime kádáriste de supprimer totalement la fête du 15 mars, sous peine de provoquer une indignation de la population, ainsi que la place croissante qu’a pris cette journée dans la période post-kádáriste dans la manifestation du sentiment national indique l’importance du thème de la nation dans la culture politique hongroise. Le traité du Trianon ainsi que la question des hongrois habitant dans les pays voisins, étaient un tabou à l’époque kádáriste. Malgré ce tabou, la nostalgie de la grande Hongrie est restée vive parmi la géné- La culture politique hongroise 89 ration ayant connu le royaume de Hongrie, mais également parmi les plus jeunes ayant leurs racines dans des territoires aujourd’hui perdus. La prétendu fraternité entre les pays socialistes n’empêchait toutefois pas des tensions dues à l’existence de ces minorités ethniques hongroises hors du territoire de la République populaire. Il est probable que la négation officielle de ces thèmes pendant l’ère communiste ait provoqué leur forte résurgence dans la sphère publique post-kádáriste. Le soulèvement national de 1956 durement réprimé par les troupes du pacte de Varsovie, qui permirent l’accession au pouvoir de Kádár, a pris dans l’imaginaire des Hongrois une place aussi importante que 1848. Le schéma de pensée selon lequel la Hongrie serait toujours une victime d’autres puissances et qu’il faille toujours lutter pour son auto-détermination est très marquant dans ce contexte. Ce schéma de pensé est crucial pour la droite, mais est également présent chez les jeunes hongrois aujourd´hui. Les facteurs favorisant l’émergence de la droite Il n´y eu pas en Hongrie les «nouveaux mouvements sociaux» qui sont nés en Europe de l’ouest après mais 68. Les idées ou philosophies «de gauche» sont relativement peu répandues en Hongrie ou discréditées par leur association à l’époque communiste. L’influence de Marx sur la philosophie en Hongrie avant 1945 était très marginale.200 La social-démocratie, le socialisme ou le communisme n’ont historiquement jamais été très populaire en Hongrie. Le faible soutien populaire ainsi que la très courte durée (133 jours) de l’expérience de la République des Conseils de Béla Kùn semblent corroborer cette thèse. À l’inverse, l’antisémitisme et l’antitsiganisme sont historiquement fort en Hongrie. Durant l’ère communiste il y eu très peu de travail de mémoire sur la Shoah. De même, un de moyens de discréditer le régime de Rákosi fut de pointer du doigt le grand nombre des juifs qui en faisent partie. Mais, cet antisémitisme n’existait qu’au sein du parti, officiellement il était nié au nom d’une société égalitaire. L’antitsiga- 200 Hanak. Tibor. Geschichte der Philosophie in Ungarn. Ein Grundriß. Schriften des ungarischen Instituts. München. 1990. p. 51-75 Résumé francais 90 nisme était très présent à l’époque de Kádár comme le montre Mihok.201 Aujourd’hui, Amnesty International affirme que la discrimination de la minorité Rom est devenue plus forte au cours des dernières années. Le Conseil de l’Europe et l’OSCE se sont aussi inquiété de la croissance de l’extrémisme anti-Rom. Dans l’histoire hongroise la figure du «vezér202» a toujours eu une place centrale, depuis l’arrivée d’Arpád dans la plaine pannonienne. Plusieurs personnalités dirigeantes ont fortement marqué la Hongrie. Le besoin de voir le pouvoir incarné par un homme fort avait amené l’amiral Miklós Horthy à assurer la régence pendant l’entre-deuxguerres en l’absence d’un prétendant au trône. De même Kádár a construit un culte de la personnalité autour du l’image du «père de la nation». Aujourd’hui des les leaders politiques joue fortement de leur charisme afin de donner l’image de l’homme fort capable de diriger la Hongrie en période de crise. On peut voir dans cette mise ne scène une continuité avec les traditions des «vézer». Autres explications de l’émergence de la droite On a donc vu qu’il y a plusieurs éléments soutenant l’hypothèse selon laquelle le succès de la droite résulte partiellement de la culture politique hongroise. Mais, il y aussi des arguments en désaccord avec cette thèse. Il est très probable que la situation économique à joué un rôle crucial pour le succès de la droite. En temps de crise les électeurs se tournent vers les extrêmes. Surtout que le Jobbik a utilisé la crise pour sa campagne en désignant le grand capital international comme responsable de la crise en Hongrie. D’ailleurs en temps de crises les hommes se replient sur des valeurs traditionnelles– lesquelles sont mises en avant dans les programmes du Jobbik et du Fidesz. Tous deux soulignent le rôle clé de l’État dans l’économie, ce qui les oppose au cours blairiste du MSZP qui prône l’économie de marché et les privatisations. La crise internationale n’a 201 Mihok, Birigitte. Ethnostratifikation im Sozialismus. Aufgezeigt an den Beispielländern Ungarn und Rumaenien. Peter Lang. 1990. p.45 202 Au début les chefs de clan magyares telle était nommé. On trouve cela aussi pour dénommer Horthy. La culture politique hongroise 91 pas seulement affecté les ressources budgétaires de l’État ou l’augmentation de la dette publique, elle a directement touché les ménages. Beaucoup de hongrois avaient des crédits auprès des monnaies étrangères – après la dévaluation du forint ces dettes ont augmenté, auxquelles s’ajoutaient les crédits contractés auprès du FMI et de l’UE. Cette impression d’être livré à des puissances étrangères nourrissait le terreau déjà fertile propice à la croissance de la droite. Ce facteur était donc un facteur aggravant mais non déterminant, qui ne contredit donc pas la thèse défendue ici. La faiblesse de la gauche a évidemment contribué à favoriser l’émergence de la de la droite, d’autant que le parti gouvernant s’est délégitimé. Mais la grande question qui se pose est la suivante : si la culture politique hongroise est marquée par un fort nationalisme comment expliquer de que la droite ait connu son essor si tardivement? La principale raison réside dans la longue division qui a régné au sein de la droite, dispersée en plusieurs partis (KDNP, FKGP, MDF et MIÉP). Conclusion Pendant un séjour en Hongrie l’auteur de ces lignes a lu le livre «En Europe» du néerlandais Geert Mak. Mak, qui effectuait un voyage en Europe, visite différents lieux de mémoire du 20ème siècle et raconte les faits historiques qui s’y rapportent. Il décrit par exemple la situation à Vienne et à Munich pendant l’entre deux-guerres. La situation était alors marquée par la montée de l’antisémitisme, la «brutalisation203» des sociétés par l’action violente de milices partisane et le manque de perspectives d’avenir, notamment des classes moyennes. Le rapprochement avec la Hongrie d’aujourd’hui peut être fait sur plusieurs points: – Une jeune démocratie contestée – L’existence des milices paramilitaires – Une minorité mal vue – Des revendications territoriales – L’importance des leaders charismatiques 203 Terme inventé par George L. Mosse à cet égard. Résumé francais 92 Une telle comparaison est difficile à faire à cause de la grande divergence temporelle et géopolitique des deux cas. Néanmoins l’idée mérite réflexion. Le discours ouvertement révisionniste du Jobbik, s’il en venait à s’installer durablement dans le débat public hongrois, pourrait affecter toute la région. Les nationalistes en Slovaquie ou en Roumanie, par repli défensif, pourraient à leurs tour exploiter ce filon. En outre, la démocratie s’en trouverait mise en danger. En tout cas, le système politique hongrois n’apparaît plus si stable qu’au 1er Mai 2004. De même, il s’agit de ne pas perdre de vue que la Hongrie n’est pas le seul pays européen qui a connu récemment une percée de la droite populiste voir de l’extrême-droite. La Belgique, la France, la Finlande ne sont que quelques exemples Bien évidemment les partis dans ces pays se manifestent différemment. L’émergence de mouvements paramilitaires rattachés de prés ou de loin à un parti semble distinguer l’extrême-droite hongroise des autres, et force à faire le rapprochement avec l’entre-deux-guerres. On a vu que le succès de Jobbik et de Fidesz ne résulte pas seulement de facteurs conjoncturels tels que la crise politique et économique mais s’explique surtout par des données actuelles de la culture politique hongroise. L’analyse des schémas de pensée a montré que le nationalisme est une composante essentielle de cette culture politique. Cependant même s'il n'y a pas de lien intrinsèque, cela résulte aussi d’une mise en scène permanente du passé de la part de la classe politique, et de la droite en particulier. Reste à analyser si à l’ avenir la culture politique hongroise est capable de sortir de ces schémas de pensée. Conclusion 93

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Zusammenfassung

Die Wahlen 2010 haben zu massiven Umwälzungen des politischen Systems Ungarns geführt, die das Land bis zum heutigen Tag transformiert haben. Nur noch zwei der Wendeparteien haben den Einzug ins Parlament geschafft, während sich zwei neue Parteien etabliert haben. Fidesz errang eine erdrückende Mehrheit, welche die Partei bis heute mithilfe zunehmend autoritärer und illiberaler Schachzüge verteidigen konnte. Für Jobbik markierten die Wahlen 2010 den Durchbruch. Mittlerweile hat sich die Partei als zweitstärkste Kraft in Ungarn etabliert. In dem vorliegenden Werk legt Philipp Karl dar, dass der Erfolg von Fidesz und Jobbik nicht nur auf konjunkturellen, kurzfristigen Faktoren beruht, sondern dass ein wichtiger Erklärungsansatz in der politischen Kultur Ungarns zu finden ist. Im Rahmen einer Analyse des politischen Systems vergleicht und bewertet der Autor die vormalige Verfassung Ungarns mit der 2012 in Kraft getretenen Fidesz-Verfassung. Für den interessierten Leser bietet eine französische Zusammenfassung eine fremdsprachige Bereicherung.